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Jo Privat, l'accordéon swing et la valse musette
 
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Une interview de Marcel Azzola

 
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charlan
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Inscrit le: 22 Jan 2009
Messages: 1505
Localisation: La Chaux-de-Fonds (Suisse)

MessagePosté le: Dim Sep 12, 2010 10:00 am    Sujet du message: Une interview de Marcel Azzola Répondre en citant

Bonjour !

Le 26 mars 1993, j'ai eu la chance de rencontrer Marcel Azzola au gala de Crans-sur-Sierre, en Valais.

Ce gala était une grosse « bastringue » avec télévision, dans une sorte de palais des congrès, énorme. Il a eu lieu cinq ou six ans de suite puis... Je pense qu'il manquait les sous...

Entretien enregistré pendant le gala, dans la loge de Marcel Azzola et Lina Bossatti



CAG : Il y a environ une année et demie, je vous disais que nous avions beaucoup de chance, parce que nous étions avec Marcel Azzola, le vrai Marcel Azzola. Et ce que je ne savais pas, c'est que j'aurais la chance de te retrouver aussi rapidement. Salut Marcel.

MA : Salut... Mais, dis-moi, pourquoi " le vrai ", il y a un faux ? Il y a un faux qui se promène quelque part ?

... Mais avoir Marcel Azzola en face de soi, pour une petite radio comme celle pour laquelle je travaille, c'est...

... Ben, à partir du moment où il y a des auditeurs, je crois qu'il faut les respecter. Il n'y a pas de petites, ni de grandes radios. Il y a une émission radio que les gens aiment écouter. Moi, je les salue bien en tout cas.

Merci. Comment ça marche pour toi ? Tu as beaucoup voyagé pendant cette année et demie ?

Oui, beaucoup, beaucoup, beaucoup. Il y a même eu une incursion dans un pays que je ne connaissais pas du tout, la Chine. Je vais souvent au Japon. J'y vais au moins trois fois par an, mais la Chine, je n'y étais jamais allé. On y est allés avec Jo Privat, avec Lina Bossatti, bien sûr, et une équipe française.
Et puis on a trouvé là-bas des centaines d'accordéonistes. Il y a tout plein d'accordéon en Chine. Et il y aura certainement des fusions à faire dans l'avenir. Enfin, on m'a fait jouer, là-bas, avec des professeurs et des élèves. On a joué des choses qu'il était possible de jouer ensemble.
Parce qu'ils ont aussi un répertoire. Un répertoire qu'on ne connaît pas tellement. Voilà, en attendant d'autres aventures dans des pays où je ne suis encore pas allé.

Lors de notre dernière rencontre, c'était à Riddes, tu me parlais d'une reprise avec Yves Montand. J'ai dû couper ce passage, parce que... Yves Montand...

Oui, il était fortement question, puisqu'on répétait pour ça, que Montand rechante, refasse des tournées. Il voulait retourner dans des pays dans lesquels on n'était pas allés depuis fort longtemps.
Et on devait répéter pour Bercy. Et on avait déjà fait une première répétition au Grand Palais. On avait fait l'étude de la salle parce que ce Grand Palais, c'est quelque chose d'infernal. C'est très, très difficile à sonoriser. Et puis, finalement, il avait choisi Bercy parce que, Bercy, tous les grands y passent... Et puis, voilà...

... Il s'est passé ce qui s'est passé...

... et voilà... Alors maintenant, je fais aussi un hommage à Montand avec qui j'ai beaucoup travaillé.

Et ces prochains temps, où vas-tu promener ton accordéon ?

Avec Lina, on aimerait retourner en Finlande. Parce que, là-bas, Il y a des jeunes qui attendent chaque année une sorte de stage. On a commencé un travail il y a déjà une dizaine d'années. Ils veulent apprendre à jouer le musette français, la chanson française. Ils adorent la France. Ils jouent beaucoup de musique contemporaine. Ils ont aussi leur folklore. Moi, j'aime bien. On fait une sorte d'échange musical.

Marcel Azzola, lors de notre dernière rencontre, tu m'as dit que tu étais un des derniers accordéonistes " musette ", un des derniers accordéonistes issus du bal musette. Quand est-ce que cette période du musette, du bal musette, s'est terminée ? Vers les années... 1950 ?

Je pense que ça a dû continuer encore un petit peu pour certains dans Paris ou dans les banlieues parisiennes. Comme pour Jo Privat, par exemple, qui est un vrai " musette ". Mais le Balajo, où il jouait, était déjà un bal un peu sophistiqué, contrairement à " Ca gaze " ou à " Chez Gineston " qui étaient de vrais bals musette.
Mais le mot " musette " est un petit peu déformé maintenant. Pour beaucoup de gens, à partir du moment où on ne joue pas de la musique classique, on est " musette ".
Alors je trouve qu'il y a une déformation de ce mot. C'est une certaine manière de danser, une certaine manière de jouer, un minimum de musiciens, dans des endroits bien définis. Les vrais bals musette, c'était quoi ? Un accordéon, une batterie...

... voilà..., un " jazz "...

... Oui, c'est ça, un " jazz ". Il y avait, des fois aussi, un guitariste qui en poussait une, qui poussait un refrain avec un porte-voix. Mais ils n'étaient pas nombreux les gars, au musette... Les podiums étaient petits. Je sais que " Chez Gineston " c'était comme ça et à " Ça Gaze " aussi puisque j'y remplaçais René Sudre. Et ça, Jo Privat le sait bien, il s'en souvient parfaitement.
Le bal musette, c'était très rustique. Mais les choses se sont déformées ou ont évolué. Et puis voilà, il y a eu d'autres générations qui ont tiré profit de ce mot.
Il faut dire qu'à une époque, le mot " musette " était surtout un label commercial. Ça servait à faire vendre des petits formats. Sur presque toutes les chansons, quand on marquait " chanson musette " ou " valse musette ", c'était l'occasion de faire de bonnes ventes. C'était un argument de vente. A partir du moment où l'on disait " c'est musette ", c'était catalogué, c'était étiqueté.

Oui, je comprends. Marcel, tu as été l'un des accordéonistes de Jacques Brel... Vesoul, c'était toi... L'histoire du " Chauffe Marcel ", elle est vraie ?

Ben oui, bien sûr. C'était en séance d'enregistrement. Parce que j'ai très peu joué en public avec Jacques Brel. C'était Jean Corti qui était l'accordéoniste de Brel. Mais j'ai beaucoup fait de studio avec Brel. J'ai fait son dernier disque qui était " Les Marquises " et celui de 1968, dans lequel il y avait le " Vesoul ", le fameux " Chauffe Marcel ". Et puis, il y a eu trois émissions de télévision, dont une au " Moulin de la Galette ".
C'était donc en studio d'enregistrement en 68. Et c'est vrai qu'il se passait quelque chose. C'était une fin de séance. Il nous restait cinq minutes pour faire ce titre qui s'appelait " Vierzon-Vesoul ".
Et puis, on s'est lancé dans une improvisation avec une petite intro qui avait été préparée rapidement. C'était vraiment une fin de séance. C'est une chanson sur laquelle Brel ne comptait pas du tout et qui finalement a fait son chemin...

... un tabac...

... un tabac parce qu'il s'est passé quelque chose. Il s'est passé une complicité. Et puis, il m'avait demandé de lui faire des variations. Et puis ça a donné ce fameux " Vesoul ", voilà.

Rappelle-nous qui tu as encore accompagné...

Oh là, là, là, là... Il y en a beaucoup. Il faudrait vraiment la liste... J'ai accompagné beaucoup de chanteurs et de chanteuses français qui avaient besoin d'accordéon, bien entendu. Mais il y a eu des choses étranges.
J'ai aussi accompagné Madeleine Renaud, par exemple, j'ai accompagné Jean Piat et Robert Manuel quand on faisait le " Bal des Petits Lits Blancs ". Et des tas de gens très différents qui n'étaient pas forcément des gens de la chanson.
J'ai accompagné Aznavour aussi, mais pour les besoins d'une d'émission de radio, sur Radio Luxembourg. Aznavour était là on a fait " Le Dénicheur " tous les deux.
Mais j'ai commencé pratiquement le métier en séances d'enregistrement avec Francis Carco qui lui, ne disait pas " Chauffe Marcel ", il disait " Vas-y Marcel ". On connaît ses belles chansons, " La Chanson tendre ", " Le Doux Caboulot ". Et puis il a fait des chansons aussi sur l'accordéon, puisqu'il adorait ça. Comme son complice Mac Orlan qui lui, en jouait de l'accordéon et qui était un grand ami de Marceau et d'André Astier.

Marcel Azzola, lorsqu'on a un nom comme le tien, est-ce que ce n'est pas un peu ingrat de rester dans l'ombre des chanteurs ?

Non, c'est pas du tout ingrat parce qu'on découvre un autre monde. On fréquente d'autres circuits. C'est plutôt un apport. Ca m'a permis de faire un tour du Monde avec Yves Montand.
Puis, j'ai fait aussi d'autres tours du Monde avec Juliette Gréco.
J'avais commencé à accompagner Gilbert Bécaud dans " Les Croix ", dans " Un nouveau printemps tout neuf ", dans ses premières chansons.
Non, ce n'est pas du tout ingrat. C'est la découverte d'un autre monde parce que les chanteurs et les chanteuses se rapprochent un petit peu des comédiens. Et les comédiens aussi c'est un autre monde.
J'ai été moi-même marié à une comédienne belge et je sais que c'est un autre monde et c'est très intéressant. On apprend d'autres choses. On apprend à voir peut-être l'existence aussi d'une autre manière, pas seulement avec le nez dans les boutons.
Non, je ne regrette pas du tout ces expériences avec des chanteurs et chanteuses. C'est formidable.
Et puis on avait aussi les chanteurs et chanteuses étrangers. Quand ils venaient à Paris, qu'ils faisaient une émission de radio et qu'ils avaient besoin d'un accordéon. Je trouve que c'est enrichissant. Pas seulement parce qu'on est payé ! Mais on se cultive...

Et, Marcel, si tu n'étais pas devenu musicien, accordéoniste, qu'est-ce que tu aurais fait, dans la vie ?

J'avais commencé par le violon. Donc, si je n'avais pas été accordéoniste, j'aurais peut-être été violoniste. J'aurais peut-être été le nouveau Paganini.
Mais, j'ai été accordéoniste, j'ai eu cette chance. J'ai commencé le métier, j'avais onze ans et je n'ai jamais arrêté depuis. Je n'ai pas eu le temps de me poser la question. J'avais six ans quand j'ai commencé le violon. J'ai dû décrocher le violon à neuf ans pour adopter l'accordéon.
J'ai eu peu de temps pour réfléchir à autre chose. Mais j'aurais aimé être soit aviateur, c'était la mode à l'époque, ou docteur, voilà.

J'ai parlé, il y a quelque temps avec Joë Rossi. C'est lui qui t'a passé le virus de l'accordéon ?

Ben, c'est lui... Mon père connaissait son père. Ce sont les paternels qui ont commencé à se chauffer la tête là-dessus. Donc, le fils de Monsieur Rossi, Joë, super-doué, était déjà chez Jack Hilton en Angleterre. C'était une vie extraordinaire.
Et voilà, mon père, connaissant bien Monsieur Rossi, s'est laissé influencer. Il a dit " Bon, allez, dis à ton fils qu'il faut apprendre l'accordéon. Ça a été presque automatique.

Dans le fond, Marcel, tu vis dans et pour la musique, mais tu as tout de même un hobby ?

Oui, j'en ai plein. Le principal hobby, c'est la collection d'accordéons, bandonéons, concertinas. Alors, ça m'a bien occupé pendant quelques années. Et c'est un hobby passionnant.
En même temps, ça m'a permis de connaître l'histoire de l'accordéon avec une vision très particulière et très personnelle. J'ai des instruments exceptionnels aussi. J'ai un accordéon qui appartenait à Ferrero, le grand professeur, le grand maître, ce pionnier qui nous a, à tous, appris quelque chose. J'ai aussi les derniers instruments d'Emile Vacher.
Je t'avoue que j'ai une collection très convoitée. J'ai aussi un accordéon que m'a donné Marceau, un que m'a donné Deprince, J'ai un bandonéon qui appartenait à Gus Viseur. J'ai des choses étonnantes, formidables.

Oui, je me souviens t'avoir vu à la télé présenter un instrument très, très, très vieux...

J'ai des pièces formidables. Mais j'ai un petit peu stoppé cette passion. Je n'avais plus de place. J'avais pourtant un grand appartement à Paris, mais je n'avais plus de place. Et puis, il y a des concurrents qui se sont pointés. Jeannot Perret, qui habite prés de Chambéry, qui est un grand ami. Il est comme un frère. Et il a une superbe collection. Mais on s'est parfois bagarré sur certains instruments. Il est passionné. Il faut connaître Jeannot Perret.

C'est vrai, Jeannot Perret, c'est un fou de l'accordéon...

... ha, ha, ha, oui.

En bien voilà, merci Marcel Azzola. J'espère avoir la chance de te revoir bientôt et je souhaite bon voyage au grand voyageur que tu es.

Au revoir, à bientôt !


Ami

Charlan
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jc-erard



Inscrit le: 17 Jan 2005
Messages: 2655
Localisation: GENEVE

MessagePosté le: Dim Sep 12, 2010 2:12 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Salut Charlan,
waouh.. Cool Cool Cool Cool ....splendide texte qui fait toujours autant d'effet quand on le lit.
On a l'impression d'y être....
Grand merci Charlan, sympa tout plein de nous faire partager ces moments inoubliables.
Salutaswing
jc
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amati
Membre actif


Inscrit le: 14 Jan 2005
Messages: 2602
Localisation: VILLEQUIER(76)

MessagePosté le: Dim Sep 12, 2010 9:03 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Merci Charlan,
Magnifique texte. J'avais l'impression d'entendre Marcel raconter tout celà.
Ce Monsieur AZZOLA est vraiment extra ordinaire par son oeuvre et son travail avec tous les grands et des moins grands.
Un grand grand Monsieur.
Wink
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Je suis super fatigué.
C'est comme être fatigué mais avec une cape.
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Joel de l'ain
Membre actif


Inscrit le: 09 Déc 2008
Messages: 363
Localisation: Trevoux (01)

MessagePosté le: Lun Sep 13, 2010 1:42 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Salut Charlan

ouaaa!!!!! bravo, je crois l'entendre ! quel talent ce Marcel mais cela tout le monde le sait ! je l'ai vu et entendu l'année dernière avec un quator de saxophones ! 83 ou 84 ans toujours en gala, petites salles ou prestigieuses, rien ne l'effraie avec des déplacements en train par exemple ! cela nous laisse de l'espoir pour jouer lontemps avec un age avancé ! quel exemple ce Monsieur, allez chauffe Marcel et bravo a toi, charlan pour cette mémoire et ce talent de conteur .

joël de l'Ain
_________________
Vive les Swingjotoniques 2019 en Beaujolais !
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Pascal
Membre actif


Inscrit le: 13 Fév 2005
Messages: 1248
Localisation: Zoug (CH)

MessagePosté le: Dim Mar 13, 2011 4:26 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Salut Charlan

Et merci pour cette petite perle. Ce matin, Marcel Azzola était l'invité de Félix Legrand sur France Bleu Armorique. Je n'avais aucun moyen de l'enregistrer. Dommage. J'ai par contre trouvé une ancienne émission de 2009 que l'on peut encore écouter. C'est ici.

Amitiés
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Il est quelquefois préférable de ne pas savoir ce qu'on dit que de dire ce qu'on ne sait pas.
Pierre Dac (1893 - 1975)
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christophe
Membre actif


Inscrit le: 05 Nov 2007
Messages: 474
Localisation: St.Etienne

MessagePosté le: Dim Mar 13, 2011 5:45 pm    Sujet du message: Répondre en citant

salut et merci Charlan pour ce bon moment .
Beau boulot !!!!
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http://www.myspace.com/algaefr www.algae-zik.net
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jéjé
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Inscrit le: 26 Oct 2007
Messages: 166
Localisation: Gruyères (CH)

MessagePosté le: Dim Mai 15, 2011 10:53 pm    Sujet du message: Répondre en citant

MERCI CHARLAN

c'est cool je vais me régaler avec tes articles
_________________
Il n'y a en art, ni passé, ni futur. L'art qui n'est pas dans le présent ne sera jamais.
http://www.mx3.ch/artist/michto_swing
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